Et de nos bouches sortent des diamants, des crapauds et des rires

Une journée de rencontres et de performances initiée par l’artiste Hélène Gugenheim, avec le soutien de Jeune Création et de 15 dona.teurs.trices, avec le partenariat de radio Saint-Ferréol, du cinéma L’Eden Crest, de la Théière flottante Crest, avec l’aide de Laurence Cernon, Lise Casazza, Gwenola Breton, Malika Baaziz, Edwige Breiller-Tardy, Aline Comi et tant d’autres, et grâce à l’accueil chaleureux de la chapelle des Cordeliers.

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La sorcière, comme la performeuse, jette un sort.

NB : Le féminin est employé ici comme un inclusif de toute la variété des genres. Les termes « sorcière» et «performeuse » peuvent aussi bien désigner des femmes, que des hommes et des personnes qui ne se retrouvent pas dans ces identités genrées.

Précisons tout de suite que le devenir de ce sort (son efficacité) n’est pas l’objet. La rentabilité ne nous intéresse pas. Ce qui nous importe c’est que, ni la sorcière, ni la performeuse, ne se résignent. Au contraire. Elles font, selon l’expression de la philosophe Isabelle Stenghers, « surgir un possible ».
On les dira folles parce qu’elles nient être impuissantes. Elles font la démonstration – non pas contre mais à côté de la « raison » et même si la situation est désespérée – d’un possible. Les sorcières et les performeuses ouvrent des interstices qui valent pour eux-mêmes. Ce ne sont pas des promesses d’avenir, ce sont des agencements de choses à un moment donné. On appelle cela « rituel » ou « protocole de performance ». Cet agencement invoque un autre possible, tout en étant lui-même un possible. Il ne désigne pas ce vers quoi on tend, il est déjà la manifestation de ce que l’on a choisi d’être.

Sorcières et performeuses ne transforment pas (directement) la situation mais la manière dont elles s’y trouvent impliquées. Concrètement, elles font quelque chose avec leur corps – des talismans, des masques, toutes sortes de présences-limites, des gestes, des mots, des sons, des chants, des danses, des musiques, etc. Ce « faire » nous replace comme membres à part entière de notre environnement. Chaque action a du sens.
Les sorcières et les performeuses délaissent la fatalité d’une histoire officielle édictée par d’autres (« c’est comme ça »), au profit de leurs propres rites, gestes, croyances, symboles qu’elles inventent et partagent avec d’autres. Dans une communauté tissée de croyances hétérogènes, chacune peut ainsi apprendre à prendre ce dont elle a besoin pour se métamorphoser. Nous appelons cela magie.

La magie frotte les normes, les limites, dérange les tabous. Elle crée du bizarre, du rêve, du malaise, de l’ombre. Elle suscite des ricanements, du rire et provoque une peur diffuse qui n’ose pas dire son nom.
Car il est possible que la catastrophe ne soit pas à venir, qu’elle ait déjà eu lieu. Si tel est le cas, la sorcière comme la performeuse, dansent sur ses ruines et de leurs bouches sortent des diamants, des crapauds et
des rires…

Ce texte est en partie et librement inspiré de la postface d’Isabelle Stenghers à l’édition française de Rêver l’obscur – Femmes, magie et politique, Starhawk, éditions Cambourakis.

https://www.facebook.com/etdenosbouches

28 septembre 2019
Chapelle des cordeliers, Crest, Drôme
Une journée de rencontres, performances artistiques, atelier exploratoire, soin du repas et du ménage, conférence chorale, installations peut-être, et toute chose qui sera apportée…
Renseignements et réservation : etdenosbouches[at]gmail.com

Soirée d’ouverture le 27 septembre 2019
Projection du documentaire Ouvrir la voix, d’Amandine Gay, suivie d’une rencontre avec la salle. Cinéma l’Eden, Crest, Drôme.