Mes cicatrices Je suis d’elles, entièrement tissé-e

[english below] Nous portons tou-te-s des cicatrices, inscrites dans nos corps ou invisibles à l’œil mais lisibles dans nos comportements. Elles sont le résultat d’une appendicite, d’un chagrin d’amour, d’une injustice, d’une ablation du sein, d’un accident…
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La cicatrice renvoie à la blessure, elle est sa trace. Mais elle est aussi la preuve de notre cicatrisation, le signe que nous avons appris à vivre avec l’événement traumatique. Si ce dernier nous sépare, nous fragmente, empêche notre fonctionnement habituel, la cicatrisation est le moment où nous recréons une entité fonctionnelle. Or, cette entité n’est pas un retour à l’état antérieur car ce qui a été blessé ne peut être retrouvé à l’identique. La cicatrice est donc aussi le témoin d’une reconstruction et le signe de notre capacité à changer, à nous ré-engendrer et même à muter. Et, en ce sens, nous sommes déesses et dieux.

Mes cicatrices Je suis d’elles entièrement tissé-e 1 est une performance. C’est un geste rituel, « magique » qui consiste en l’application d’or sur une cicatrice. Cette intervention veut signifier la valeur de ce mélange de force et de fragilité qui nous fait être vivant.

Hélène Gugenheim, Mes cicatrices Je suis d’elles, entièrement tissé. Marie Albatrice, 13 mai 2015. Photo : Aurélien Mole
Hélène Gugenheim, Mes cicatrices Je suis d’elles, entièrement tissée. Marie Albatrice, 13 mai 2015. Photo : Aurélien Mole

En creux, cette intervention questionne l’empreinte des événements vécus, mais aussi l’empreinte de la matière sur le corps et, inversement, du corps sur la matière, ainsi que le corps lui-même, comme matière.

Ma proposition repose sur deux points saillants : d’abord une confidence au cours de laquelle la personne cicatrisée me confie l’histoire de sa cicatrice, puis l’application d’or sur la cicatrice. Ce geste peut évoquer le kintsugi (« jointure or »), une technique traditionnelle de réparation des bols de la cérémonie du thé japonaise. Lorsqu’un bol est brisé, il peut être réparé avec de la laque naturelle qui lui rend son étanchéité, les joints restent visibles et sont soulignés d’or.  Ici cependant, il est question de transformation plutôt que de réparation. Une autre de mes références est l’Icône qui est un objet de la transformation de soi. 

J’utilise ce protocole pour réaliser une collection de cicatrices dorées. En naviguant entre ces différentes performances, on peut s’interroger sur nos propres cicatrices, comment elles nous fondent, comment on s’est réinventé à partir d’elles, comme elles tissent également notre voisin-e, et cet autre à l’autre bout de la planète. 

We all bear scars, on our body or invisible to the eye, but showing through our behaviours. They come from appendicitis, broken heart, injustice, mastectomy, accident…
Each scar tells a story of which we are the hero. A scar is the mark of a wound. But it is also the vibrant proof of the healing process, the sign that we have come to terms with a traumatic experience. A wound separates us from our former self and disrupts the course of our life. The healing process enables us to recreate a functional entity – but an entity that is not a return to our previous state, because the wound has changed it forever. The scar is therefore a witness of our reconstruction and the sign of our capacity to adapt, to reinvent ourselves and even mutate. In this respect, we are all gods.
My scars, of them I am fully woven1, is a protocol for an artistic mediation. It is a ritual, “magic”, gesture consisting of applying gold to a scar to demonstrate the mix of strength and fragility that makes us living beings.

The heart of the protocol consists of the application of gold leaf to a scar. This action recalls on the Japanese technique of kintsugi (golden joinery), the art of repairing broken pottery, especially bowls used in the tea ceremony. When a bowl is broken, it can be repaired with natural lacquer that restores its watertightness, but the joints remain visible by being highlighted with gold.  Another source of inspiration are Icons, as images for self-transformation.
I use this protocol to produce a collection of golden scars. My wish would be that the visitor, while navigating through this collection, should question his or her own scars, how they contribute to his/her identity, how they have been able to use them to reinvent themselves, how they also weave a relationship with a next-door neighbour or with an unknown person on the other side of the world.

1 – Nuits, page 84, Hélène Gugenheim, éditions Gaspard Nocturne