{"id":5060,"date":"2021-12-07T16:55:48","date_gmt":"2021-12-07T15:55:48","guid":{"rendered":"http:\/\/helenegugenheim.com\/?p=5060"},"modified":"2026-04-01T11:30:52","modified_gmt":"2026-04-01T10:30:52","slug":"des-pratiques-sexuelles-politiquement-signifiantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/helenegugenheim.com\/?p=5060","title":{"rendered":"Des pratiques sexuelles politiquement signifiantes"},"content":{"rendered":"\n<p><strong> Chez les Grecs de l\u2019Antiquit\u00e9, les pratiques sexuelles \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 politiquement signifiantes. Si vous p\u00e9n\u00e9triez vous \u00e9tiez un sujet politique, si vous vous faisiez p\u00e9n\u00e9trer vous ne l\u2019\u00e9tiez pas (esclaves, femmes) ou pas encore (jeunes hommes). 2000 ans et quelque plus tard nos pratiques sexuelles continuent de signifier des rapports de force entre les individus.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p> Je me souviens d\u2019un gar\u00e7on qui m\u2019a \u00ab&nbsp;vol\u00e9&nbsp;\u00bbun baiser. On avait 15 ou 16 ans, on \u00e9tait belle et beau, on \u00e9tait dans un caf\u00e9, c\u2019\u00e9tait l\u2019apr\u00e8s-midi, il y avait du monde. Avec un sourire \u00e9blouissant, il a maintenu de force mon visage dans ses mains pour m\u2019embrasser. Tout le monde a fait comme si c\u2019\u00e9tait charmant, m\u00eame moi. A l\u2019int\u00e9rieur, j\u2019\u00e9tais pourtant tr\u00e8s mal \u00e0 l\u2019aise, parce que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 forc\u00e9e et que c\u2019est d\u00e9sagr\u00e9able, et aussi parce que je me demandais si je devais \u00eatre flatt\u00e9e (valid\u00e9e) ou pas.  <\/p>\n\n\n\n<p> Dans notre culture h\u00e9t\u00e9rosexuelle, et encore coloniale, et toujours classiste, l\u2019\u00e9rotisation du pouvoir est omnipr\u00e9sente et presque syst\u00e9matiquement implicite. C\u2019est le ressort principal des histoires qu\u2019on se raconte (publicit\u00e9s, films, s\u00e9ries, livres, chansons), \u00e7a sous-tend nos rapports aux autres qu\u2019ils soient politiques, de travail, marchands, amoureux, amicaux, familiaux, et \u00e7a se confond avec la culture du viol.  <\/p>\n\n\n\n<p> A ma connaissance, la seule situation o\u00f9 l\u2019\u00e9rotisation du pouvoir s\u2019\u00e9nonce clairement, c\u2019est dans l\u2019offre de service de la Domina. Mais, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019agression relat\u00e9e plus haut, le jeu se pratique dans un cadre consensuel&nbsp;: on se met d\u2019accord sur nos limites (si ce cadre \u00e9tait transgress\u00e9, alors ce ne serait pas du travail du sexe mais une agression, pas un client mais un agresseur). Pourtant la circulation du pouvoir reste ambigu\u00eb, car en plus des ordres de la Domina sur le corps du client (l\u2019explicite), le pouvoir circule \u00e0 travers l\u2019argent \u00e9chang\u00e9 contre service (semi-explicite, les clients aimant bien oublier cette donn\u00e9e) dans un contexte social o\u00f9 la domination \u00e9conomique est souvent \u00e0 l\u2019inverse de la domination sexuelle en train de s\u2019op\u00e9rer (implicite), le tout dans un cadre r\u00e9glementaire tr\u00e8s d\u00e9favorable \u00e0 la travailleuse du sexe (implicite). Bon. Mais l\u2019exercice de la  domination sexuelle (en tant que femme) c\u2019est un peu la chaussette retourn\u00e9e de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, quelque chose qu\u2019on qualifie facilement (et abusivement) de marginal et qu\u2019ainsi, on peut maintenir \u00e0 distance. Autrement plus famili\u00e8re, c\u2019est \u00e0 dire plus mena\u00e7ante, est la proposition des Escorts&nbsp;qui re-pr\u00e9sente sous les n\u00e9ons du march\u00e9 ce qui est habituellement tamis\u00e9 par le mot \u00ab&nbsp;amour&nbsp;\u00bb. Qu\u2019est-ce que je dois te promettre pour pouvoir te p\u00e9n\u00e9trer&nbsp;? Quelles transactions mat\u00e9rielles ou symboliques me font accepter et\/ou d\u00e9sirer que tu me p\u00e9n\u00e8tres&nbsp;?  <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le\nplus souvent l\u2019amour n\u2019est qu\u2019un type particuli\u00e8rement\nefficace de lubrifiant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p> La proposition des escorts permet d\u2019observer \u00e0 la loupe l\u2019\u00e9change de valeurs (mon\u00e9taire, identitaire) qui structure le rapport sexuel h\u00e9t\u00e9rosexuel. Si c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 brutale, ce n\u2019est pas de la responsabilit\u00e9 des Escorts ou de leurs clients. C\u2019est le \u00ab&nbsp;contrat social h\u00e9t\u00e9rosexuel&nbsp;\u00bb qui est brutal. \u00ab&nbsp;Vivre en soci\u00e9t\u00e9 c\u2019est vivre en h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e9crit encore Monique Wittig dans <em>La pens\u00e9e straight, <\/em>un texte dans lequel elle montre que l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 n\u2019est pas seulement une orientation sexuelle mais un r\u00e9gime politique o\u00f9 la cat\u00e9gorie \u00ab&nbsp;homme&nbsp;\u00bb utilise (approprie) la cat\u00e9gorie \u00ab&nbsp;femme&nbsp;\u00bb pour se d\u00e9finir en tant que sujet. Dans une telle soci\u00e9t\u00e9 comment vivre une sexualit\u00e9 qui ne soit pas prise dans des dynamiques de pouvoir&nbsp;?  <\/p>\n\n\n\n<p> Cette mont\u00e9e d\u2019un d\u00e9sir carnivore qui nous fait sentir intens\u00e9ment vivant, dans lequel tant que \u00e7a dure, il n\u2019y a pas de place pour le doute ; ce d\u00e9sir violent, c\u2019est Saint-Augustin qui le d\u00e9finit avec ce terme chelou de libido. Pour lui, la libido c\u2019est la part maudite de la sexualit\u00e9. Maudite parce qu\u2019elle \u00e9chapperait \u00e0 notre volont\u00e9 et qu\u2019ainsi elle r\u00e9activerait en nous ce qui aurait d\u00e9sob\u00e9i \u00e0 Dieu. \u00c7a fait beaucoup de conditionnel mais surtout \u00e7a nous ram\u00e8ne au pouvoir.  <\/p>\n\n\n\n<p> Je pense que, cette sensation, ce mot de libido, c\u2019est d\u2019abord un d\u00e9sir de pouvoir. Et plus pr\u00e9cis\u00e9ment, un d\u00e9sir de pouvoir qui recouvre un autre d\u00e9sir qui est le d\u00e9sir r\u00e9ellement irr\u00e9pressible, qu\u2019on ne sait pas comment assouvir autrement et qui est le d\u00e9sir de validation sociale. Validation \u00e0 nos propres yeux qui nous regardent \u00e0 travers l\u2019omniscience de la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re, toute enti\u00e8re enkyst\u00e9e en nous-m\u00eame.  <\/p>\n\n\n\n<p> Ce serait amusant d\u2019\u00e9tudier comment la sexualit\u00e9 est devenue le cache-sexe du pouvoir, qui est l\u2019inavouable&nbsp;; et le pouvoir, le cache-sexe du sentiment d\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 qui est le trop douloureux pour \u00eatre pens\u00e9.  <\/p>\n\n\n\n<p> Amusant aussi que ce soit Sigmund Freud, un homme enracin\u00e9 dans cette fin de 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui a magnifiquement \u00e9rig\u00e9 l\u2019hypocrisie bourgeoise en norme universelle, qui ait popularis\u00e9 l\u2019id\u00e9e de la libido comme pulsion sexuelle dont le devenir plus ou moins contrari\u00e9 informerait tous nos comportements. \u00c7a me fait d\u2019ailleurs penser \u00e0 cet autre terme, qui nous a \u00e9t\u00e9 inculqu\u00e9 par le m\u00eame Sigmund : l\u2019inconscient, qui est quand m\u00eame une th\u00e9orie bien pratique pour vivre confortablement avec sa l\u00e2chet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p> Alors, dans un geste qu\u2019on pourra dire \u0153dipien, si on voulait jouer encore un peu avec papa Freud, je dis moi que la libido c\u2019est plut\u00f4t le besoin irr\u00e9pressible de validation sociale qui flaire l\u2019occasion de se rassurer \u00e0 travers le pouvoir qu\u2019on pourrait prendre sur le corps des autres. \u00c7a peut \u00eatre au moyen du sexe, mais aussi par la torture, la menace, toutes sortes de contraintes \u00e9conomiques, m\u00e9diatiques, etc. Dans les jeux de pouvoir, la sexualit\u00e9 est une technologie parmi d\u2019autres, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019argent, du langage ou encore de l\u2019administration.  <\/p>\n\n\n\n<p>\nIci, toutes les activit\u00e9s humaines sont tutor\u00e9es par la tension\nentre domination et soumission&nbsp;; de la sexualit\u00e9 au travail, de\nla politique \u00e0 la parentalit\u00e9, de l\u2019agriculture \u00e0 l\u2019exploration\nspatiale. Et les cons\u00e9quences ne concernent pas seulement les\nhumains mais l\u2019ensemble des animaux, les insectes, les arbres,\nl\u2019oc\u00e9an, les fleurs, les champignons, la respirabilit\u00e9 du monde. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nSi je regarde la sexualit\u00e9, c\u2019est parce que c\u2019est un domaine que\nje connais mieux que d\u2019autres. Et ce n\u2019est pas vraiment un choix.\nC\u2019est qu\u2019ayant \u00e9t\u00e9 assign\u00e9e femme \u00e0 la naissance, j\u2019ai \u00e9t\u00e9\nrang\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019objet sexuel avec pour mission (implicite)\nd\u2019essayer de me conformer \u00e0 \u00e7a. Je me suis int\u00e9ress\u00e9e au sexe\nparce que la quasi totalit\u00e9 de mes interactions sociales me\nramenaient \u00e0 la question de savoir si oui ou non j\u2019\u00e9tais\nbaisable. Or je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 une bonne meuf. Mon attitude\nco\u00efncidant mal avec \u00ab&nbsp;le f\u00e9minin&nbsp;\u00bb. Alors, comme sainte\nVirginie Despentes, moi aussi, j\u2019\u00e9cris de chez les moches.   \n<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Peut-on vivre une\nsexualit\u00e9 qui ne soit pas inscrite dans des dynamiques de pouvoir&nbsp;?\n<\/strong>\n<\/p>\n\n\n\n<p>\nLes premi\u00e8res r\u00e9ponses qui me viennent sont le tantra (vu de\nl\u2019Ouest du planisph\u00e8re) et l\u2019\u00e9cosexualit\u00e9&nbsp;; et autant le\ndire tout de suite je ne suis pas convaincue. \n<\/p>\n\n\n\n<p> Je n\u2019ai jamais eu le courage de m\u2019investir s\u00e9rieusement&nbsp;dans la pratique du tantra (prenez la suite en gardant \u00e7a en t\u00eate). La binarit\u00e9 f\u00e9minin-masculin du truc m\u2019agace, cette certitude de bienveillance avec laquelle les instructeurices se pr\u00e9sentent me fait flipper, sans compter que j\u2019ai un s\u00e9rieux doute quant \u00e0 la  mani\u00e8re dont on s\u2019est appropri\u00e9 un syst\u00e8me n\u00e9 dans une culture aussi diff\u00e9rente. Aussi, l\u2019absence de perspective politique me laisse perplexe. Je ne nie pas l\u2019int\u00e9r\u00eat de la pens\u00e9e magique mais je la pr\u00e9f\u00e8re articul\u00e9e \u00e0 une action politique plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019egotrip mystique de quelques-uns.   <\/p>\n\n\n\n<p> L\u2019autre truc qui me g\u00eane dans ces pratiques qui se pr\u00e9sentent comme des alternatives non inscrites dans des dynamiques de pouvoir, c\u2019est qu\u2019elles s\u2019inscrivent quand m\u00eame dans des dynamiques de pouvoir. Le savoir-pouvoir dont parlait Michel Foucault. Les \u00ab&nbsp;enseignements&nbsp;\u00bb transitent toujours par un sachant, une guide, qui affirme poss\u00e9der des r\u00e9ponses \u00e0 nos probl\u00e8mes et nous les transmettre au cours d\u2019une initiation gr\u00e2ce \u00e0 laquelle nous pourrons nous-m\u00eame enseigner d\u2019autres corps. Je te dis comment vivre ta vie sexuelle et j\u2019en jouis. On n&rsquo;est pas tr\u00e8s loin des directeurices de conscience du XIXe si\u00e8cle. \u00c7a me revient chaque fois que quelqu\u2019un veut me donner des le\u00e7ons de sexe. Je me m\u00e9fie des bienveillantes, des bienveillants, quel est ce bien sur lequel veillent ces gens&nbsp;? Neuf fois sur dix c\u2019est une histoire de pouvoir.  <\/p>\n\n\n\n<p>\nSachant cela, qu\u2019on ne s\u2019emp\u00eache pas pourtant de glaner quelques\ntechnologies utiles. C\u2019est \u00e0 travers mes pratiques de tantra, tao\net autre yoga vu de l\u2019Ouest que j\u2019ai d\u00e9couvert la dissociation\nde l\u2019orgasme et de l\u2019\u00e9jaculation, les orgasmes multiples, la\ncapacit\u00e9 \u00e0 orgasmer au-del\u00e0 de la zone g\u00e9nitale et l\u2019int\u00e9r\u00eat\nde la respiration pour exciter divers endroits du corps, dont le\nsexe&nbsp;; c\u2019est quand m\u00eame une bonne base pour une bo\u00eete \u00e0\noutils.   \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nL\u2019\u00e9cosexualit\u00e9 m\u2019int\u00e9resse plus parce que j\u2019y retrouve des\nchoses qui me rappellent l\u2019enfance, c\u2019est-\u00e0-dire un \u00e9tat de ma\nsexualit\u00e9 d\u2019avant que j\u2019int\u00e8gre les rapports de pouvoir :\nsentir la caresse de l\u2019eau, du vent, profiter d\u2019une paroi\nrocheuse encore chaude de soleil sous mon ventre, enfoncer mes pieds\ndans le sable, \u00eatre roul\u00e9e dans les vagues, se laisser traverser\npar la musique, danser. Autant de plaisirs concrets qui me mettent en\nlien avec le reste du vivant. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nToutefois, je ne parviens pas \u00e0 consid\u00e9rer ces \u00e9l\u00e9ments comme des\npartenaires sexuels. Entre moi et les plantes, les insectes, les\nanimaux, il est beaucoup plus question d\u2019amour (pas le lubrifiant\ncette fois) que de sexe. Pour que je puisse qualifier cette relation\nde sexuelle il me manque de savoir y identifier une intention qui me\nconcernerait, moi, entit\u00e9 singuli\u00e8re. Il me manque une parole\nadress\u00e9e, que je pourrais choisir de recevoir ou de refuser. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nSi allong\u00e9e dans un parc, l\u2019herbe poussait rapidement autour de\nmoi pour me recouvrir et me caresser, alors je pourrais la consid\u00e9rer\ncomme une partenaire sexuelle et ce serait woaw. Mais l\u2019herbe ne\nmontre pas d\u2019intention \u00e0 mon \u00e9gard, ou pas que je sache\nd\u00e9chiffrer. Cela tient peut-\u00eatre \u00e0 mon assez grande ignorance des\nvies autres qu\u2019humaines, peut-\u00eatre qu\u2019une personne ayant une\nintimit\u00e9 plus grande avec ces vies sait entrer dans des interactions\nsexuelles avec elles. Vos t\u00e9moignages seraient bienvenus. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nPour ma part, je choisis de recentrer mes r\u00e9flexions sur les\ninteractions que je peux comprendre &#8211; au moins un peu &#8211; entre \u00eatres\nhumains adultes, et sur les pratiques sexuelles que nous partageons\ndepuis des mill\u00e9naires&nbsp;: gestes et discours. Donc, si on essaye\nde s\u00e9parer les jeux de pouvoir des pratiques sexuelles, qu\u2019est-ce\nqu\u2019il reste&nbsp;?  Je propose de faire l\u2019exercice avec une\npratique s\u00e9lectionn\u00e9e rien moins qu\u2019au hasard, parce qu\u2019elle\ncontinue de confisquer la d\u00e9finition de la sexualit\u00e9, la\np\u00e9n\u00e9tration. \n<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Plut\u00f4t que la\npratique conqu\u00e9rante d\u2019une personne dominante, la p\u00e9n\u00e9tration\npeut \u00eatre v\u00e9cue comme le fait d\u2019avoir un de ses membres accueilli\npar le corps de l\u2019autre. Une invitation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p> Cette r\u00e9alit\u00e9 est particuli\u00e8rement sensible si vous pratiquez le fist annal qui consiste \u00e0 ins\u00e9rer sa main dans l\u2019anus d\u2019une autre personne. Vu la diff\u00e9rence de taille, \u00e0 moins de vouloir infliger des dommages, on est moins en train de p\u00e9n\u00e9trer qu\u2019en train d\u2019attendre que la porte s\u2019ouvre. Pour que les sphincters se rel\u00e2chent et acceptent la p\u00e9n\u00e9tration, vous avez \u00e0 gagner la confiance du corps de l\u2019autre. Ce n\u2019est pas le rythme de ce que vous voulez qui compte mais celui du corps qui accueille (ou pas) votre main. \u00c7a se fait le plus souvent petit \u00e0 petit, parfois vraiment un millim\u00e8tre apr\u00e8s l\u2019autre. Ainsi, en tant que personne p\u00e9n\u00e9trante, vous agissez avec une forme de souci, au sens du <em>care<\/em>, du monde dans lequel vous p\u00e9n\u00e9trez. \u00c7a n\u2019emp\u00eache pas la vigueur mais, d\u2019abord, on s\u2019assure d\u2019\u00eatre bien accueillie.  <\/p>\n\n\n\n<p>\nComme je n\u2019ai pas de bite biologique, le fist a \u00e9t\u00e9 ma premi\u00e8re\nexp\u00e9rience de p\u00e9n\u00e9tration profonde, la premi\u00e8re fois que mon\ncorps organique (ma main) prenait place dans le corps organique de\nl\u2019autre (son anus). Chaque fois, je suis surprise par la chaleur,\n37\u00b0 Celsius c\u2019est beaucoup. Mais la chose qui me pla\u00eet infiniment\ndans le fist c\u2019est de parcourir un territoire, recoins plis et\nasp\u00e9rit\u00e9s dont chacune produit des effets diff\u00e9rents selon les\npersonnes. Comme je n\u2019esp\u00e8re pas me faire jouir de la main, je\nvisite, j\u2019observe, je tente des choses et je m\u2019adapte aux\nr\u00e9ponses, et parfois aux demandes. Je d\u00e9couvre l\u2019autre. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Le\nplaisir de d\u00e9couvrir\ncourt-circuite le\nr\u00e9flexe de consommation. Si\nce qu\u2019on\nveut c\u2019est p\u00e9n\u00e9trer\nnotre partenaire,\nune fois que c\u2019est fait ben,\ny a plus qu\u2019\u00e0 jouir&nbsp;;\nm\u00e9fait\naccompli, comme dirait les jumeaux Weaslay. Mais si ce\nqu\u2019on veut c\u2019est\n\u00eatre invit\u00e9e\npar l\u2019autre, le moment o\u00f9 on entre n\u2019est plus la fin mais le\nd\u00e9but de quelque chose, d\u2019une\nrencontre. Or une\nrencontre \u00e7a\nne se consomme pas, \u00e7a\nne produit pas du d\u00e9chet qu\u2019il faudra ensuite\nrevaloriser. \u00c7a dure dans\nle temps, \u00e9ventuellement c\u2019est la pr\u00e9misse d\u2019une relation. Rien\nne se d\u00e9valorise dans la rencontre parce que personne ne consomme\npersonne. \n<\/p>\n\n\n\n<p> Quand je suis invit\u00e9e quelque part, si on me demande d\u2019enlever mes chaussures j\u2019enl\u00e8ve mes chaussures, si on me demande de les garder je les garde. J\u2019adapte mon rythme \u00e0 l\u2019univers dans lequel je rentre. Je regarde ce qu\u2019on veut bien me montrer. Je ne fouille pas dans les tiroirs sans y \u00eatre invit\u00e9e et je ne me barre \u00e9videmment pas avec l\u2019argenterie. Je ne dis pas qu\u2019on s\u2019oblige \u00e0 la biens\u00e9ance bourgeoise, si tout le monde en a envie, aucune raison de se priver de pratiques, quand bien m\u00eame elles peuvent \u00eatre per\u00e7ues comme brutales depuis l\u2019ext\u00e9rieur. Ne confondons pas consentement et douceur. Il y a des mots doux qui assassinent et des non retentissants comme des gifles qui pourtant soignent.  <\/p>\n\n\n\n<p>Op\u00e9rons\nmaintenant un retournement\n\u00e0 180\u00b0 pour adopter\nla perspective  de la\npersonne \u00ab&nbsp;p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e&nbsp;\u00bb.\nUn\nnouveau mot circule d\u00e9j\u00e0 qui change\nla dynamique de pouvoir&nbsp;:\nc\u2019est circlure,\nla circlusion\ndans sa forme nominale. Un\nn\u00e9ologisme cr\u00e9\u00e9 par l\u2019autrice Bini Adamczak pour d\u00e9signer\n\u00ab&nbsp;l\u2019action consistant \u00e0 enfiler, enserrer ou\nengloutir un p\u00e9nis dans son vagin ou son rectum&nbsp;\u00bb, d\u00e9finition\ncopi\u00e9e du Wiktionnaire. J\u2019aime\nbien aussi \u00ab&nbsp;chatter&nbsp;\u00bb\nqui serait une\nsous-cat\u00e9gorie de la circlusion puisqu\u2019on peut aussi circlure avec\nun anus. Avec la circlusion,\nil y a un circluant et un\ncirclu\u00e9, une personne\npr\u00e9sent\u00e9e comme active et une personne pr\u00e9sent\u00e9e comme passive.\nEt\non retombe dans le filet des binarismes (actif, haut, chaud,\nvertical, dominant versus passif, bas, froid, horizontal, domin\u00e9).\nOn change bien la direction\ndans laquelle s\u2019exerce l\u2019action\n(la domination),\nmais on est\ntoujours dans un\ndiscours hi\u00e9rarchis\u00e9\narticul\u00e9 \u00e0 une pratique\nsexuelle. Alors,\nje\nreprends\nmon\nballuchon-m\u00e9taphore\nde l\u2019invitation qui\nme\npla\u00eet mieux parce\nqu\u2019elle\nest relationnelle. \n<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019invitation\nimplique \u00ab&nbsp;l\u2019h\u00f4te&nbsp;\u00bb,\nun mot\nqui d\u00e9signe\nla personne qui donne\nl\u2019hospitalit\u00e9 aussi\nbien que celle qui la\nre\u00e7oit&nbsp;; il\na le switch int\u00e9gr\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p> J\u2019aime aussi que le terme invitation convoque tout le corps et m\u00eame plus grand que le corps&nbsp;; l\u2019espace entre nous, tandis que \u00ab&nbsp;p\u00e9n\u00e9tration&nbsp;\u00bb zoome et d\u00e9coupe dans les chairs, et m\u00eame dans le corps du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>\nCet espace entre nous est une\nmati\u00e8re mall\u00e9able qu\u2019on peut charger de toutes sortes\nd\u2019intentions, notamment sexuelles&nbsp;: des corps pris dans leur\nenvironnement et puis des rapprochements, des fr\u00f4lements, des\nreprises de distance, de longs m\u00e8tres interminables qu\u2019on ne sait\npas et qu\u2019on ne peut pas toujours r\u00e9duire, des tressaillements,\ndes regards qui abolissent le syst\u00e8me m\u00e9trique, des centim\u00e8tres\nqui deviennent denses compact\u00e9s en quelques millilitres d\u2019air\nchaud entre quatre l\u00e8vres. Comment on entre dans l\u2019espace de\nl\u2019autre&nbsp;? Comment on invite l\u2019autre dans son propre espace&nbsp;?\nOu comment on ferme la porte&nbsp;?  C\u2019est \u00e0 l\u2019endroit de nos\npratiques sexuelles de l\u2019espace, sans doute, que devrait s\u2019exprimer\net \u00eatre entendu, le premier consentement ou la premi\u00e8re absence de\nconsentement. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nL\u00e0 o\u00f9 le terme p\u00e9n\u00e9tration ignore la volont\u00e9 de la personne\np\u00e9n\u00e9tr\u00e9e qui \u00e0 la rigueur pourrait n\u2019\u00eatre que mati\u00e8re inerte,\nl\u2019invitation suppose l\u2019activit\u00e9 d\u2019accueillir. Alors deviennent\nlisibles tous les gestes qui sont faits pour recevoir et qui marquent\nla volont\u00e9 en action d\u2019une personne : \u00e9carter les l\u00e8vres, les\njambes, les fesses, d\u00e9tendre ou contracter ses muscles, respirer,\nbasculer le bassin, accrocher ses jambes \u00e0 la taille, aux \u00e9paules\nde la ou du partenaire, etc. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nIl me semble aussi que penser la p\u00e9n\u00e9tration en terme d\u2019invitation\npermet \u00e0 chaque personne de prendre soin d\u2019un continuum de\nconsentement qui concerne tous les individus impliqu\u00e9s dans le\nrapport sexuel, y compris soi-m\u00eame. Si on attend vraiment des gestes\nd\u2019invite de notre h\u00f4te alors, un corps qui deviendrait raide,\nm\u00e9canique ou muet devrait nous alerter, nous arr\u00eater, qu\u2019il\ns\u2019agisse de celui de l\u2019autre ou de notre propre corps. \n<\/p>\n\n\n\n<p> Si dans le rapport sexuel, il n\u2019y a de place que pour notre envie de jouir et pas pour l\u2019envie d\u2019\u00eatre l\u00e0, de parcourir l\u2019espace de l\u2019autre, si son paysage int\u00e9rieur ne suscite pas notre curiosit\u00e9, peut-\u00eatre qu\u2019on devrait se demander pourquoi on accepte l\u2019invitation. Je ne dis pas que c\u2019est mal de jouer le jeu de pouvoir de la p\u00e9n\u00e9tration hein &#8211; je comprends bien que \u00e7a puisse nous &#8211; enfin vous &#8211; exciter, on n&rsquo;est pas hors sol, mais je dis qu\u2019alors on est en train d\u2019utiliser la sexualit\u00e9 pour assouvir un autre besoin. Et mon propos ici est chercher ce que serait une sexualit\u00e9 hors enjeux de pouvoir. Ce qui ne signifie pas sans puissance.   <\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019invitation\nfait surgir un face-\u00e0-face qui fait saillir la n\u00e9cessit\u00e9 du\nconsentement explicite<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\nLe mot \u00ab&nbsp;autre&nbsp;\u00bb a tant autoris\u00e9 la r\u00e9duction en\nst\u00e9r\u00e9otypes qu\u2019il est devenu un risque que nous ne devrions pas\nprendre pour le moment. Nous r\u00e9sisterions mieux \u00e0 l\u2019\u00e9crasement\nen pensant, des vis-\u00e0-vis, des face-\u00e0-face. La personne qui\nm\u2019invite n\u2019est pas moi. La personne que j\u2019invite n\u2019est pas\nmoi. Et cette distinction recr\u00e9e perp\u00e9tuellement une zone floue\ndans la relation, un flou que nous avons \u00e0 clarifier au fur et \u00e0\nmesure qu\u2019il ne cesse d\u2019appara\u00eetre. Chez les uns, vous allez\nprendre un verre dans le placard et vos h\u00f4tes en concluent que vous\n\u00eates \u00e0 l\u2019aise et tout le monde est content&nbsp;; chez les\nautres, le m\u00eame geste tue l\u2019ambiance&nbsp;; et selon les\ncirconstances les m\u00eames personnes ne per\u00e7oivent pas le m\u00eame geste\nde la m\u00eame mani\u00e8re.    \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nA 15 ans, j\u2019\u00e9tais hyper fi\u00e8re que mon compagnon me touche les\nseins, m\u00eame en public. \u00c7a me donnait l\u2019impression d\u2019avoir gagn\u00e9\n\u00e0 la loterie, et l\u2019excitation n\u2019\u00e9tait pas loin. A 40 ans, le\nm\u00eame geste, fait par mon compagnon d\u2019alors, m\u2019insupportait, m\u00eame\nen priv\u00e9. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nEntre les deux, il y a eu des centaines d\u2019attouchements non\nconsentis sur mes seins, mon cul ou ma chatte, au march\u00e9, dans des\nchambres, des cabines d\u2019essayages, dans le m\u00e9tro, des cabinets\nm\u00e9dicaux, des f\u00eates, des h\u00f4pitaux et rien que \u00e7a, justifierait\nque j\u2019en peux plus d\u2019\u00eatre envisag\u00e9e comme la b\u00eate sur laquelle\non peut se servir. Mais mon changement d\u2019appr\u00e9ciation n\u2019est pas\nle r\u00e9sultat de ces agressions, qui au moins s\u2019imposent pour ce\nqu\u2019elles sont. Non, ce qui ne passe plus, c\u2019est le script. C\u2019est\n\u00eatre assign\u00e9e \u00e0 jouer un r\u00f4le qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit sans moi,\nr\u00e9duite \u00e0 un st\u00e9r\u00e9otype, contrainte \u00e0 faire \u00ab&nbsp;la femme&nbsp;\u00bb.\n<\/p>\n\n\n\n<p> Me toucher les seins, comme on enfonce un bouton programme sur la machine \u00e0 laver. Je suis sens\u00e9e \u00eatre flatt\u00e9e (lavage), excit\u00e9e (rin\u00e7age), reconnaissante (essorage). D\u00e9so pas d\u00e9so, \u00e7a fait bien longtemps que je ne ressens plus ni l\u2019un, ni l\u2019autre, ni l\u2019autre. A 20 ans d\u00e9j\u00e0 \u00e7a me foutait juste les nerfs en pelote. Mais je n\u2019\u00e9tais pas assez arm\u00e9e intellectuellement pour comprendre que ce geste m\u2019imposait d\u2019incarner la pantomime d\u2019une excitation que je ne ressentais d\u00e9j\u00e0 plus. Alors, ce qui me tombait dessus, ce n\u2019\u00e9tait pas la col\u00e8re, c\u2019\u00e9tait l\u2019ennui. Un ennui plombant \u00e0 travers lequel je me regardais me faire agir comme une marionnette. L\u2019autre option, refuser, impliquait de dealer avec le stigmate d\u2019\u00eatre celle qui dit non, refuse le rapport sexuel, est tenue pour responsable du couple qui s\u2019ab\u00eeme. Autant dire un suicide social, puisque je suis identifi\u00e9e comme femme. Bizarrement, personne ne se souvient jamais que c\u2019est le geste initial qui \u00e9tait probl\u00e9matique&nbsp;: en fait on n&rsquo;impose pas un contact main-sein \u00e0 quelqu\u2019un, jamais, pour aucune raison.   <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les scripts\nsexuels de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 pr\u00e9supposent les corps et leurs\nr\u00e9actions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p> Ces pseudo modes d\u2019emploi sont per\u00e7us comme rassurants mais comme ils ignorent l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 du monde et donc le consentement, ils cr\u00e9ent des contraintes, de la violence, et puis ils sont \u00e9triqu\u00e9s. Par exemple ils taisent l\u2019orgasme prostatique. Et cela fait sens lorsque la sexualit\u00e9 est instrumentalis\u00e9e pour nourrir des jeux de pouvoir dans un r\u00e9gime o\u00f9 l\u2019homme ne doit pas \u00eatre p\u00e9n\u00e9tr\u00e9\/domin\u00e9. Mais dans une sexualit\u00e9 consacr\u00e9e au plaisir c\u2019est aussi bizarre qu\u2019ignorer le clitoris.   <\/p>\n\n\n\n<p>\nLes mauvais coups existent. Ce\nsont ces personnes qui utilisent la sexualit\u00e9 pour r\u00e9-assurer leur\nappartenance \u00e0 une norme quelconque (exemple&nbsp;: je p\u00e9n\u00e8tre une\nfemme=je suis un homme). Ce n\u2019est pas avec toi que ces gens\ncouchent mais avec leur crew (exemple&nbsp;: le boy\u2019s club). Au\n\u00ab&nbsp;partenaire&nbsp;\u00bb, \u00e7a donne cette impression p\u00e9nible de\nfaire de la figuration dans sa propre vie. Et mon ennui profond,\nch\u00e9ri, tu le sens bien&nbsp;? \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nA ces personnes, franchement,\nil ne sert \u00e0 rien d\u2019expliquer. C\u2019est temps perdu et espoirs\ntoujours d\u00e9\u00e7us car comme elles n\u2019attendent que des r\u00e9actions\nconformes au programme, \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb n\u2019existes pas. \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb\npas vraiment non plus. Il n\u2019y a que des images de soi, des\nst\u00e9r\u00e9otypes de ce qu\u2019il ou elle souhaite incarner.    \n<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Si on veut\nr\u00e9sister aux dynamiques de pouvoir, il faut cesser de pr\u00e9supposer\nles r\u00e9actions et m\u00eame les organes de nos h\u00f4tes <\/strong>\n<\/p>\n\n\n\n<p>Une\nfemme avec un\np\u00e9nis.  Une\nfemme avec un vagin. Un\nhomme enceint. Une femme\ndont la poitrine n\u2019a pas\nde terminaison nerveuse.\nPrendre du plaisir depuis la\nnuque. Un homme aux t\u00e9tons\n\u00e9rog\u00e8nes. Des frissons\nderri\u00e8re les genoux. Diff\u00e9rentes\nzones apprivoisables (ou\npas) pour\nla sexualit\u00e9. D\u00e9esse\nmerci, il n\u2019y a pas (encore)\nde mode d\u2019emploi pour\nbaiser une personne non binaire. \n<\/p>\n\n\n\n<p>\nMoi qui suis une personne blanche, per\u00e7ue comme valide, assign\u00e9e\nfemme et ayant largement subi la contrainte \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9,\nje constate que j\u2019ai besoin des corps visiblement hors normes pour\nvoir que tous les corps d\u00e9bordent les normes. Et sans les fiert\u00e9s\ndes sexualit\u00e9s dites marginales, je n\u2019aurais jamais pu reconna\u00eetre\nque ma sexualit\u00e9 d\u00e9bordait la norme h\u00e9t\u00e9rosexuelle, ce qui est\nprobablement le cas de toutes les sexualit\u00e9s. Admettons que si\nl\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 existe bien en tant que r\u00e9gime politique, en\ntant que sexualit\u00e9 \u00e7a n\u2019existe pas. Il n\u2019y a pas de mode\nd\u2019emploi pour la rencontre sexuelle, pas de but, rien \u00e0 performer,\npas m\u00eame de n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 jouir. Il me semble que la seule chose\nqui doive former le cadre de cette exp\u00e9rience c\u2019est la\nv\u00e9rification r\u00e9guli\u00e8re du consentement partag\u00e9. \n<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mon hypoth\u00e8se\nest que la rencontre sexuelle, c\u2019est cr\u00e9er une terre qui restera\ninconnue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Inconnue,\n mais non secr\u00e8te\nni incompr\u00e9hensible\nou\nmythique comme l\u2019est \u00ab&nbsp;l\u2019infracassable noyau de nuit&nbsp;\u00bb\nde ce misogyne d\u2019Andr\u00e9 Breton. Ce serait plut\u00f4t un\nterritoire que les partenaires cr\u00e9ent en\nl\u2019exp\u00e9rimentant. Territoire\nque l\u2019on ne peut\ncartographier car sa mat\u00e9rialit\u00e9\nne s\u2019\u00e9prouve que dans\nle temps de l\u2019exp\u00e9rience\net qu\u2019il ne\nsera jamais retrouv\u00e9 tel quel apr\u00e8s cette\nexp\u00e9rience. C\u2019est\nouvrir et fermer un monde. Une\ntranche de temps.  \n<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense \u00e0 cette aisselle qui accueille un doigt dans le \u00abPortrait de la jeune fille en feu&nbsp;\u00bb&nbsp;de C\u00e9line Sciamma. Je pense au corps sexuel qu\u2019\u00e9noncent Maeve et Isaac (qui est en fauteuil) dans la saison 3 de Sex Education. On n&rsquo;a m\u00eame pas besoin d\u2019\u00eatre deux, un corps biologique et un vibromasseur c\u2019est  une rencontre d\u00e9j\u00e0. Hic Sunt Dracones.  <\/p>\n\n\n\n<p> Ce serait quelque chose qui se tient dans le pr\u00e9fixe \u00ab&nbsp;trans&nbsp;\u00bb, le passage, l\u2019encore trouble, le m\u00e9tamorphique, l\u2019entre-deux, le souple. Je crois qu\u2019il y est question d\u2019intranquillit\u00e9, d\u2019une reconfiguration toujours en cours, de formes qui se m\u00e9tamorphosent d\u00e8s qu\u2019on croit les saisir. Jamais de fin, juste de l\u2019exp\u00e9rience. L\u2019identit\u00e9 y dispara\u00eetrait, non qu\u2019elle s\u2019y dissolve comme dans le bouddhisme, mais parce qu\u2019elle se repositionnerait sans cesse, et sans doute par \u00e0-coups irr\u00e9guliers, pour que m\u00eame au rythme de la transformation on ne puisse s\u2019habituer.  <\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre qu\u2019une m\u00e9taphore de la rencontre sexuelle pourrait \u00eatre cette zone sans possibilit\u00e9 de contour o\u00f9 le sable est mouill\u00e9 et l\u2019eau sableuse, o\u00f9 les vagues et la plage se rencontrent, les coquillages y deviennent des fragments de nacre et puis du sable, et le mouvement de la mer dessine des lignes qui s\u2019effacent et se redessinent. Ou encore, ce moment o\u00f9 la brume monte depuis le sol sur les herbes qui, fondues dans l\u2019humidit\u00e9, \u00e9voquent des fant\u00f4mes\u00a0; et si nous voyons ces fant\u00f4mes, ce que notre pr\u00e9sence parmi eux dit de ce que nous sommes \u00e0 cet instant. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chez les Grecs de l\u2019Antiquit\u00e9, les pratiques sexuelles \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 politiquement signifiantes. 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